Il existe très peu de données sur les enfants ivoiriens et le numérique. Presque tout ce qu’on lit sur le sujet est une projection, une intention ou une plaquette. Voici ce que les sources permettent réellement d’affirmer — et ce qu’elles ne permettent pas.
C’est un article plus court que celui qu’on aimerait écrire. C’est précisément pour cette raison qu’il valait la peine d’être écrit.
Ce qu’on sait : la maison est équipée, l’individu moins
L’enquête nationale MSI 2023 (Mesure de la Société de l’Information) donne le décor dans lequel grandit un enfant ivoirien aujourd’hui :
- 99 % des ménages possèdent un téléphone ;
- 74 % des ménages ont accès à Internet, la majorité des connexions provenant de smartphones ;
- 66 % des individus possèdent un téléphone, soit environ 17,9 millions de personnes ;
- 10,7 millions de personnes possèdent un smartphone ;
- 5,3 millions utilisent un ordinateur.
Lisez la première et la troisième ensemble. Le foyer est presque toujours équipé ; la personne, deux fois moins souvent. Dans la pratique, cela veut dire un appareil partagé — et un enfant qui accède à Internet quand l’adulte pose le téléphone.
Et l’ordinateur, lui, reste deux fois plus rare que le smartphone. Un devoir se tape rarement sur l’écran sur lequel on l’a lu.
Le verrou dont on parle le moins : l’électricité
En 2024, l’accès à l’électricité en Côte d’Ivoire (Banque mondiale) : 72,9 % au niveau national, 94,3 % en zone urbaine, 47,7 % en zone rurale. La progression rurale est réelle — 39,2 % en 2015 — mais elle laisse aujourd’hui encore plus d’un habitant rural sur deux hors du réseau.
Aucun programme éducatif numérique ne franchit cette ligne-là. Une tablette sans prise est un objet, pas un outil. C’est d’ailleurs pour cela que les dispositifs sérieux conçus pour les zones rurales sont pensés hors ligne et peu gourmands — la contrainte n’est pas le contenu, elle est électrique.
La GSMA classe d’ailleurs les barrières à l’usage d’Internet en Afrique subsaharienne dans cet ordre : coût de l’appareil, compétences, contenus locaux, sécurité, électricité. Le mot « couverture » n’y figure pas.
Ce que personne ne mesure — et c’est le vrai sujet
Voici ce que l’UIT écrit sur les compétences numériques en Afrique :
« Les données sur les compétences TIC sont quasi inexistantes : seuls huit pays africains ont fourni des données sur le sujet depuis 2019, et un seul avec une granularité par niveau de compétence. »
Et sur la mesure en général : « seuls neuf pays africains ont fourni des données ménages TIC postérieures à 2021 », incomplètes dans de nombreux cas.
Concrètement, pour la Côte d’Ivoire, cela signifie que nous n’avons trouvé aucun chiffre officiel sur :
- le nombre d’écoles connectées à Internet ;
- le ratio d’élèves par ordinateur ;
- l’équipement numérique des salles de classe ;
- le niveau de compétence numérique des élèves, à quelque âge que ce soit.
Aucun. Ce ne sont pas des chiffres que nous n’avons pas cherchés : ce sont des chiffres qui ne sont pas publiés là où nous avons cherché.
Quand on ne mesure pas, on ne peut ni prouver un progrès, ni constater un retard. On ne peut que raconter.
C’est pour cela que les articles enthousiastes sur « la génération connectée » sont si faciles à écrire, et si difficiles à contredire. Il n’y a rien contre quoi les vérifier.
Un dernier repère, celui-là sourcé : en 2023, 23 % des pays africains disposaient d’une stratégie pour l’emploi des jeunes, contre 58 % en moyenne mondiale — et aucun pays africain parmi les moins avancés ne dispose d’un cadre pour l’accessibilité numérique.
Ce qui, à notre échelle, existe vraiment
Nous ne sommes ni le ministère ni un bailleur, et nous n’allons pas transformer un système éducatif depuis un comptoir de Yamoussoukro. Ce que nous pouvons faire est plus petit, et vérifiable.
Un endroit assis, équipé, avec une machine qui fonctionne et de quoi imprimer un devoir ou un dossier. WORKSPACE applique un tarif étudiant — il est publié sur la page, avec le reste de la grille. Et l’impression se fait au comptoir, à la page, sans qu’il faille posséder l’imprimante.
Ce n’est pas une politique publique. C’est une place à une table, pour quelqu’un qui en a besoin cet après-midi.
Ce que nous publierons quand nous l’aurons
Si un chiffre ivoirien sérieux paraît sur l’équipement des écoles, les compétences des élèves ou la connectivité scolaire, nous l’écrirons ici, avec sa source et son année.
En attendant, nous préférons une page honnête sur ce qu’on ignore qu’un article de plus sur un pays imaginaire. Nos enfants méritent des chiffres réels autant que des promesses.
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