En 2023, 80,3 % des entreprises ivoiriennes ont subi des coupures d’électricité. En 2009, elles étaient 54,8 %. Sur la même période, l’accès du pays à l’électricité a progressé de dix points. Les deux chiffres sont exacts, et ils ne racontent pas la même histoire.
Deux courbes qui vont dans des directions opposées
Commençons par la bonne nouvelle, celle qu’on cite le plus souvent. L’accès à l’électricité en Côte d’Ivoire, mesuré par la Banque mondiale :
- national : 62,6 % en 2015 → 72,9 % en 2024 ;
- urbain : 94,3 % en 2024 ;
- rural : 39,2 % en 2015 → 47,7 % en 2024 — avec un léger recul entre 2023 (48,0 %) et 2024.
Dix points gagnés en neuf ans, à l’échelle d’un pays, c’est considérable. Maintenant la seconde courbe, tirée des Enterprise Surveys de la même institution, qui interroge les entreprises elles-mêmes :
- 2009 : 54,8 % des entreprises ivoiriennes déclarent avoir subi des coupures ;
- 2016 : 78,8 % ;
- 2023 : 80,3 %.
Et pour celles qui sont touchées, le coût est chiffré : 2 % du chiffre d’affaires perdus.
Pourquoi ce n’est pas une contradiction
Parce que l’accès et la fiabilité sont deux choses différentes, et que presque personne ne les distingue.
L’accès mesure si le courant arrive. La fiabilité mesure s’il reste. On peut très bien raccorder chaque année des centaines de milliers de foyers et de commerces supplémentaires — c’est ce qui s’est passé — et faire circuler la même énergie dans un réseau plus chargé, plus étendu, plus sollicité. Plus de gens branchés sur un réseau qui ne grandit pas au même rythme, cela donne exactement cette double courbe.
Être raccordé, ce n’est pas la même chose qu’avoir du courant.
Il y a aussi une explication moins commode : à mesure qu’une entreprise se numérise, une coupure lui coûte plus cher et se remarque davantage. La caisse s’arrête. La commande n’est pas passée. Le fichier n’est pas enregistré. En 2009, une coupure d’une heure était une gêne ; en 2026, c’est une heure de travail perdue pour tout le monde en même temps.
Le monde du travail que ça décrit
Trois chiffres pour poser le décor, et une précision honnête sur chacun.
26 948 entreprises ont été créées en Côte d’Ivoire en 2025, soit +6 % par rapport à 2024, selon le CEPICI (annonce de février 2026). Attention à ce que ce chiffre est : des formalités enregistrées au guichet unique. Ni un nombre d’entreprises actives, ni un nombre d’emplois, ni un taux de survie — aucun de ces trois-là n’est publié.
69,78 % de l’emploi ivoirien était « vulnérable » en 2024 — travailleurs indépendants et aides familiaux — d’après l’Organisation internationale du travail, relayée par la Banque mondiale. Précision nécessaire : c’est une estimation modélisée, pas une enquête ivoirienne de terrain. Elle donne un ordre de grandeur, pas une mesure.
Mettez les trois ensemble : un pays qui crée beaucoup d’entreprises, dont l’emploi repose massivement sur des indépendants, et où huit entreprises sur dix subissent des coupures. Le travail y est très majoritairement porté par des gens qui n’ont pas de service technique derrière eux. Quand le courant tombe, ils n’ont pas de solution de repli : ils ont une journée en moins.
Ce que nous en faisons, sans en promettre trop
Nous n’allons pas vous vendre l’électricité. Nous ne la produisons pas, et nous ne vous dirons pas qu’un lieu est à l’abri de ce que subit tout le monde.
Ce que nous pouvons faire tient en une phrase : proposer un endroit où travailler qui n’est pas votre problème à gérer. Un poste équipé, une place assise, du calme, et le reste — la machine, la connexion, le café — déjà en place quand vous arrivez. À l’heure ou à la journée, avec un crédit café inclus dans chaque session. Le tarif complet est publié sur la page WORKSPACE ; nous préférons qu’il vive là plutôt que dans un article qui vieillira.
Ce n’est pas une réponse au réseau national. C’est une réponse à une journée de travail.
La statistique qu’il faudrait, et qui n’existe pas
Un mot pour finir sur ce que nous ne savons pas, parce que c’est aussi le travail d’un journal de le dire.
Tous les chiffres ci-dessus sont nationaux. Nous n’avons trouvé aucune donnée de fiabilité électrique, d’équipement ou de connectivité propre à Yamoussoukro — ni pour cette ville ni pour aucune autre. La statistique infranationale du numérique et de l’énergie n’est pas publiée en Côte d’Ivoire.
Alors nous écrivons ce que les sources permettent d’écrire, et nous nous arrêtons là où elles s’arrêtent. Le reste, nous l’observons au comptoir — et ça, ce n’est pas une statistique.
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