Deux chiffres officiels, la même année, le même pays. 93,7 % de pénétration de l’Internet mobile. 41 % d’Ivoiriens qui utilisent Internet. Les deux sont exacts. Ils ne se contredisent pas : ils ne comptent simplement pas la même chose.
Cet écart n’est pas un détail de statisticien. C’est la différence entre un pays qu’on croit connecté et un pays qui l’est à peu près à moitié. Et comme les deux chiffres circulent côte à côte, sans que personne ne les distingue, la plupart des décisions prises à partir d’eux sont prises à côté.
Le premier chiffre compte des cartes SIM
Au 31 décembre 2023, la Côte d’Ivoire comptait 53 601 479 abonnements mobiles, soit un taux de pénétration de 172,2 %. Sur ce total, 29 171 602 abonnements Internet mobile, soit 93,7 %. Et 424 902 abonnements Internet fixe.
— Chiffres de l’ARTCI, publiés par le Portail de l’économie ivoirienne, données au 31/12/2023.
Arrêtez-vous sur le premier : 172,2 %. Un taux de pénétration supérieur à 100 % ne veut pas dire que tout le monde est équipé et qu’on déborde. Il veut dire, arithmétiquement, qu’on compte plus d’abonnements que d’habitants — donc que la même personne en porte plusieurs. Orange pour la data, MTN pour appeler la famille, Moov pour le forfait du mois. C’est banal, c’est le quotidien de millions d’Ivoiriens, et c’est la preuve mathématique que ce chiffre-là ne compte pas des personnes.
Le second compte des personnes
L’enquête nationale MSI 2023 (Mesure de la Société de l’Information), menée auprès des ménages, donne 41 % d’individus utilisant Internet, soit environ 11 millions de personnes, dont 75 % se connectent quotidiennement.
De son côté, la Banque mondiale, sur la série de l’Union internationale des télécommunications, estime la part d’internautes ivoiriens à 41,43 % en 2024.
Deux mesures indépendantes, deux méthodes différentes, le même ordre de grandeur. Quand une enquête ménages nationale et une estimation internationale tombent d’accord, le chiffre est solide. C’est celui-là qu’il faut utiliser.
93,7 % compte des abonnements. 41 % compte des Ivoiriens. Le second est le seul qui décrive des gens.
Et non, la Côte d’Ivoire n’est pas passée de 10 % à 41 % en dix ans
La série complète de la Banque mondiale se lit ainsi : 10,00 % en 2014, puis 38,44 % en 2015. Un bond de vingt-huit points en un an.
Ce bond n’a jamais eu lieu. C’est un changement de méthode de mesure, pas une explosion d’usage. La suite le confirme : la série redescend de 43,84 % en 2017 à 37,55 % en 2018, avant de remonter. Un pays ne se déconnecte pas de six points en un an.
La lecture honnête est plus lente et plus vraie : de 36,29 % en 2019 à 41,43 % en 2024, soit cinq points en cinq ans. Un point par an. C’est une progression réelle, régulière, et sans miracle.
Trois marches d’escalier
La même enquête MSI 2023 donne trois chiffres qu’il faut lire ensemble, dans l’ordre :
- 66 % des individus possèdent un téléphone, soit environ 17,9 millions de personnes.
- 10 703 787 personnes possèdent un smartphone.
- 5 343 097 personnes utilisent un ordinateur.
Entre la première ligne et la deuxième, il y a environ sept millions d’Ivoiriens qui portent un téléphone qui n’est pas un smartphone. Entre la deuxième et la troisième, l’ordinateur est deux fois plus rare que le smartphone.
Une précision qui a son importance : la source dit « utilise un ordinateur », pas « possède un ordinateur ». Ce sont deux choses différentes, et le chiffre de possession, personne ne l’a publié.
Le prix de la data n’est plus le verrou principal
C’est le fait le plus contre-intuitif de tout ce qui précède. En 2024, le mégaoctet mobile coûtait 0,41 FCFA en moyenne, en baisse de 37 % par rapport à 2019. L’indice d’accessibilité de la data ivoirienne est descendu à 1,54 % du revenu national brut par habitant en 2023, contre 1,71 % en 2022 — sous le seuil de 2 % recommandé par l’UIT et la Banque mondiale.
La data est donc abordable au sens international du terme. Et 59 % du pays reste hors ligne.
Alors le verrou est ailleurs. La GSMA, dans son rapport sur la connectivité mobile 2024, classe les barrières dans cet ordre : le coût de l’appareil, les compétences numériques, l’absence de contenus locaux, la sécurité, l’accès à l’électricité. Le mot « couverture » n’apparaît pas dans la liste. Le réseau est là. C’est l’appareil qui n’y est pas.
Et l’électricité, dont on parle le moins : 72,9 % de la population ivoirienne y avait accès en 2024 — 94,3 % en ville, 47,7 % en zone rurale (Banque mondiale, données 2024). Un téléphone qu’on ne peut pas recharger n’est pas un téléphone connecté.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Il faut être franc sur les limites. Aucune donnée numérique infranationale n’existe publiquement en Côte d’Ivoire : ni pénétration, ni équipement, ni couverture 4G ville par ville. Nous n’avons donc aucun chiffre pour Yamoussoukro, et nous n’en inventerons pas.
Ce n’est pas une lacune locale. L’UIT constate que seuls neuf pays africains ont fourni des données ménages sur les TIC postérieures à 2021, incomplètes dans de nombreux cas. À l’échelle du continent, la mesure est l’exception.
Pourquoi nous écrivons ça
Parce que nous vendons des appareils et que nous réparons ceux des autres, et que les deux métiers reposent sur la même question : qui a quoi, et qu’est-ce qui manque réellement ?
Un chiffre gonflé donne une réponse confortable — presque tout le monde est connecté, le marché est mûr, il ne reste plus qu’à vendre. Le chiffre honnête en donne une autre : six Ivoiriens sur dix ne sont pas en ligne, sept millions portent un téléphone qui ne peut pas y aller, et l’ordinateur reste deux fois plus rare que le smartphone. C’est moins flatteur. C’est un plan de travail.
Un chiffre n’est jamais qu’un chiffre — jusqu’à ce qu’on regarde ce qu’il compte.
Découvrez Mascot Inc.
Technologie, services et communauté — au cœur de Yamoussoukro.
