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88 % de l'argent déposé en mobile money en ressort en espèces

Publié le 20 August 2026 · 4 min de lecture · Mascot Inc.
88 % de l'argent déposé en mobile money en ressort en espèces

La banque centrale ouest-africaine a publié un chiffre que presque personne n’a relevé : en 2024, environ 88 % des sommes déposées sur les comptes de monnaie électronique de l’UEMOA ont été retirées par leurs propriétaires. L’argent entre dans le téléphone. Il en ressort en billets.

Ce n’est pas une opinion de commerçant. C’est la BCEAO, dans son rapport annuel sur les services financiers numériques, et c’est elle-même qui en tire la conclusion.

Ce que dit la banque centrale, dans ses mots

« Malgré les progrès de la digitalisation, les paiements électroniques ne sont pas encore pleinement intégrés dans les habitudes. Les usagers continuent de privilégier l’espèce, faute d’acceptation suffisante des paiements digitaux ou de confiance totale dans ces outils. »

BCEAO, Rapport annuel sur l’évolution des services financiers numériques dans l’UEMOA au titre de l’année 2024, publié en janvier 2026.

Le même rapport donne l’indicateur qui mesure ce phénomène : le ratio de digitalisation nette, c’est-à-dire la part des avoirs qui restent dans les comptes de monnaie électronique au lieu d’en sortir. Le voici sur cinq ans :

La rétention a été divisée par plus de deux en quatre ans. Elle remonte légèrement en 2024 — disons-le, plutôt que de nous arrêter sur le point bas de 2023 — mais la tendance de la période est sans ambiguïté.

Traduction : le mobile money ouest-africain n’est pas devenu un moyen de paiement. Il est devenu un rail de transport d’espèces, de plus en plus efficace. L’argent y entre pour en ressortir, et il en ressort de plus en plus vite.

Les usages le confirment, ligne par ligne

La répartition 2024 des opérations dans l’Union est un révélateur :

Lisez la deuxième ligne. Les paiements sont l’opération la plus fréquente, et la moins lourde : petites sommes, forfaits, factures. Les gros montants, eux, passent par des dépôts et des retraits — c’est-à-dire par de l’espèce, avant et après.

Pour l’échelle : l’Union a enregistré en 2024 11,92 milliards de transactions (+26,66 %) pour 160 415 milliards FCFA (+23,25 %), avec une valeur moyenne par transaction de 13 160 FCFA, en baisse de 4,83 % sur un an. Plus d’opérations, plus petites.

99 millions de comptes, 29 millions d’habitants

Au 31 décembre 2024, la Côte d’Ivoire comptait 99 millions de comptes de monnaie électronique ouverts — soit 40,07 % du total de l’Union, loin devant le Sénégal (17,12 %) et le Bénin (15,09 %).

Le pays comptait 29,4 millions d’habitants au recensement de 2021. Cela fait environ 3,4 comptes ouverts par habitant, nourrissons compris.

Ce qui interdit formellement une phrase qu’on lit partout : « X % des Ivoiriens ont un compte mobile money » ne peut pas se déduire de ce chiffre. Un compte n’est pas une personne, exactement comme un abonnement mobile n’est pas un abonné.

Le rapport donne d’ailleurs la mesure de l’écart. Sur l’ensemble de l’Union, 76,9 millions de comptes seulement sont actifs — au moins une transaction dans les 90 derniers jours — sur 248,7 millions ouverts. Soit un taux d’activité de 30,90 % en 2024, contre 32,95 % en 2023, 41,58 % en 2022, 43,79 % en 2021 et 45,43 % en 2020.

Les comptes s’ouvrent plus vite que les gens ne s’en servent.

Et la Côte d’Ivoire n’est pas un petit acteur de cette histoire : en 2024, elle représentait 21,4 % du volume des transactions de l’Union et 34,7 % de leur valeur — première de l’UEMOA en valeur, devant le Sénégal (30,2 %).

Ce que ça veut dire au comptoir

Trois choses, très concrètes.

Un. Si vous préférez l’espèce, vous n’êtes ni en retard ni mal informé. Vous faites comme la grande majorité des utilisateurs de l’Union, et la banque centrale explique pourquoi : l’acceptation des paiements digitaux est encore insuffisante, et la confiance n’est pas totale. Ce sont ses mots.

Deux. Le point de retrait reste le maillon décisif de la chaîne — et il se raréfie. L’Union comptait 1 590 243 points de services en 2024, en contraction de 5,23 %, dans la continuité des baisses de 2022 et 2023. Moins de guichets, plus de transactions.

Trois. Un service d’argent ne se juge pas à son application, mais à la personne qui vous accompagne quand quelque chose coince. C’est pour cette raison que nous faisons ce métier au comptoir, avec quelqu’un en face de vous, du début à la fin de l’opération.

Le récit et le chiffre

On raconte beaucoup une Afrique de l’Ouest devenue cashless. Le récit est séduisant, et il est faux dans les proportions où on le raconte. Pourtant, ce n’est pas un échec : 11,9 milliards de transactions en un an, c’est une infrastructure qui fonctionne, massivement, et qui contribue pour 57,2 points au taux d’inclusion financière de l’Union estimé à 73,6 %.

Simplement, ce qu’elle transporte, aujourd’hui, c’est encore de l’argent liquide. Ce n’est pas un problème à cacher, c’est un fait à connaître — surtout quand on manipule l’argent des gens.

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